
par Paul BAQUIAST
Georges Touroude vient de s'éteindre, à l'âge de 77 ans. C'est avec un immense chagrin que nous adressons à sa famille et à ses proches nos plus sincères condoléances. Depuis plusieurs années, il était très malade. Ce qui ne l'empécha pas, aussi longtemps qu'il en eut la force, de continuer à s'investir dans la vie de l'AECP. Chacun se souvient du dévouement avec lequel il prépara le second colloque international de Saint-Georges de Didonne, en juin 1998, consacré à La mer au temps des Pelletan, alors qu'il venait d'être victime d'une attaque cérébrale. En juin 1999, il avait désiré venir à l'Assemblée Nationale, pour le premier colloque parisien de l'Association, L'âge d'or des républicains. Les forces, malheureusement, lui avaient manquées.
Georges Touroude est né en 1924 à Thouars, dans les Deux-Sèvres, dans une famille de cheminot dont il était le fils unique. Tout jeune homme, il se lança dans la Résistance, ce qui lui valu d'être médaillé. Il a rassemblé ses souvenirs et ceux de ses compagnons dans son beau livre: Les braconniers de l'Espérance - histoire du mouvement de la résistance étudiante et de la jeunesse patriote (FUJP) en Seine Maritime (1940-1944), Editions de la Langrotte, Royan, 1995.
Après la guerre, il fut nommé instituteur à Royan, où il passa plus de cinquante ans de sa vie. Parallèlement à sa carrière d'enseignant, il entreprit une carrière littéraire. Toute son oeuvre tourne autour des idées de justice et de liberté. Guère étonnant, pour un membre actif de la Ligue des droits de l'Homme! Son premier roman, paru en 1970 chez Albin Michel, est consacré à la Commune de Paris: Les Pavés de la haine. En 1974, il publia ses Comtes de l'Atlantique (Bias). En 1990, en collaboration avec André Berland, il écrivit la première biographie d'André Tardieux, le fondateur de la Ligue des Droits de l'Homme (Librairie Bruno Sepulchre). Egalement poète, ses vers de 1948 à 1990 furent regroupés dans le receuil Dix cris du coeur (Les dits du pont, Avignon, 1994).
En 1947, Georges Touroude avait épousé une jeune professeur de musique, Giselle, dont nous sommes nombreux à avoir pu apprécier la fraicheur d'esprit et le dynamisme. Giselle est la fille de l'écrivain Robert Chamboulan, à qui Royan a rendu hommage en octroyant son nom à l'une de ses rues. Par lui, Giselle se rattache à la famille du pasteur du désert Jean Jarousseau, dont Georges Touroude se fit, après Eugène Pelletan, le second historien (De l'opression à la Liberté - histoire des communautés saintongeaises huguenotes et de leur pasteur du Désert Jean Jarousseau (1729-1819), Editions de la Langrotte, Royan, 1992). Des années durant, Georges Touroude a travaillé à l'élaboration de la généalogie descendante du pasteur. Le gigantesque document, mine essentielle pour l'historien de la Saintonge, du protestantisme ou de la politique, a été déposé par ses soins à la bibliothèque de Saint-Georges de Didonne. Après Jarousseau, il était naturel que Georges Touroude s'intéresse à ses illustres descendants, les Deux Républicains de progrès: Eugène et Camille Pelletan (Editions du Pavillon - L'Harmattan, 1995). Son livre fut l'un de ceux qui relancèrent l'intérêt des historiens pour la figure, alors un peu oubliée, des Pelletan.
L'année suivante, Georges Touroude créait avec moi l'Association des Amis des Amis d'Eugène et Camille Pelletan (AECP), dont il devint le trésorier. Il se dépensa sans compter, avec son épouse Gisèle, pour organiser au mieux l'accueil des participants des deux colloques internationaux que l'Association organisa à Saint Georges de Didonne en 1997 et 1998. Chacun de ceux qui eut la chance de pouvoir s'y rendre se rappélera avec émotion la visite du cimetièrre de Saint-Georges de Didonne, où notre ami avait retrouvé la tombe d'Achille Pelletan, le père d'Eugène, celle de l'arrière pays, ou encore l'inauguration du buste de Jarousseau, dû au talent du "vitisculpteur" Jack Bouyer, devant le temple de la ville. Notre ami était pourtant déjà bien fatigué par la maladie. A son grand regret, il ne put bientôt plus suivre nos travaux que de loin, mais toujours avec intérêt.
Georges Touroude avait compris que la vie de la cité se nourrit du souvenir de ceux qui l'ont servit dans le passé. Pour notre part, nous garderons toujours en mémoire son sourire malicieux et son dévouement au service de l'histoire, dans le but de mieux défendre les idéaux de liberté et de justice. Au revoir, cher ami. J'espère ne pas offenser votre modestie naturelle en vous adressant, en ultime hommage, ces mots qu'Eugène Pelletan avait lui même adressés à son grand-père Jarousseau: "O toi, [...] qui a fait noblement ta besogne à ton poste, dans ta mesure, tu peux dormir en paix: ton oeuvre est compté".
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Sur ce site, vous pouvez lire les écrits suivants de Georges Touroude:
Les origines de la dynastie: Jean Jarousseau et Achille Pelletan
L'ancrage didonnais des Pelletan: dynastie municipale et lieux de mémoire
De l'internement en Aunis-Saintonge à la Nouvelle Calédonie et à l'amnistie: destins de Communards.
Bibliographie:

Deux républicains de progrès: Eugène et Camille Pelletan, Les Editions du Pavillon, L'Harmattan, 1995.
Les braconniers de l'Espérance - histoire du mouvement de la résistance étudiante et de la jeunesse patriote (FUJP) en Seine Maritime (1940-1944), Editions de la Langrotte, 1995