
La presse en parle
Annales historiques de la révolution française", n°3-2005, pp. 193-195 (cité par le blog de l'U2R)Les auteurs : Paul Baquiast, Alain Bauer, Stéphane Baumont, Galina Kaninskaya, Sudhir Hazareesingh, Diane Le Béguec, Stéphane Lucas, Paul Marcus, Bruno Marnot, Judith F. Stone, Serge Toursel
Laïcité, Ecole,
décentralisation, sécurité, altermondialisation : Longtemps
démodée et semblant ne plus devoir intéresser que quelques
cénacles de vieilles barbes, la République est revenue sur le
devant de la scène politique française. Sur l’ensemble du
spectre politique, on trouve désormais des femmes et des hommes,
souvent en conflit sur ce thème au sein de leur propre parti,
qui se réclament du drapeau de la République. A tel point que
certains ont cru pouvoir réunir autour d’un projet
fédérateur les « républicains des deux rives ».
L’expression même de « républicains des deux rives »,
volontiers vulgarisée par la presse, renvoie à l’idée que
la République, si elle est une et indivisible, est constituée
de traditions diverses. Or, si l’unité des républicains,
depuis 1830, a toujours été la condition sine qua non de leurs
victoires politiques, cette unité n’a jamais été de soi
et n’a jamais été obtenue qu’au prix d’efforts
soutenus. Parmi les conditions nécessaires à l’unité des
républicains figurent la connaissance et l’acceptation de
leurs différences, et donc un détour par l’histoire.
C’est à ce travail d’histoire critique que
s’attache cet ouvrage, à vocation toute à la fois
politique, citoyenne et universitaire. Onze, parmi les meilleurs
spécialistes français et étrangers de l’idée
républicaine, ont réuni leurs forces pour mettre en
perspective, sur 200 ans d’histoire, les grands thèmes de
l’heure qui agitent le monde républicain. Dans un souci de
clarté et d’approche concrète des problèmes soulevés,
chaque contribution est résumée en fin d’ouvrage et
illustrée, à l’aide notamment du fond iconographique riche
et inédit des archives privées Camille Pelletan. Au lecteur,
désormais, de se plonger dans ce monde de verbe et de passion
où, depuis deux siècles, arguments et points de vue
s’échangent au service de l’intérêt général.
Introduction par Paul Baquiast
Jacobinisme(s) en France : diversité, continuités et
changements (1789-2004), par Sudhir Hazareesingh
A la différence du communisme et du libéralisme, le jacobinisme
n’est pas une idéologie politique dans le sens classique du
terme : il est plutôt une « sensibilité », s’articulant
autour du thème central de la souveraineté. Surtout, le
jacobinisme est pluriel. On peut distinguer le jacobinisme
révolutionnaire, le jacobinisme républicain et le jacobinisme
napoléonien. Le jacobinisme moderne est une synthèse de ces
trois ingrédients. Si, au début du XXIe siècle, le jacobinisme
a perdu de son influence dans le domaine économique et social,
il continue à marquer de son emprunte le recrutement des élites
et les structures intellectuelles du pays.
Laïcité, laïcité ouverte, laïcité adjectivée ?
(1789-2004), par Serge Toursel.
La laïcité puise sa source en Grèce, il y a vingt-cinq
siècles, avec l’émergence d’une pensée libérée des
mythes et des dieux. En France, au XIXe siècle, le cœur du
concept de laïcité ne s’appuie ni sur l’anti-religion
ni sur l’incroyance, mais sur l’anticléricalisme.
L’habileté d’un Jules Ferry dans sa bataille contre
l’Eglise catholique pour séculariser et laïciser
l’Ecole ne doit pas éclipser les divergences et divisions
qui ont toujours existées au sein du camp laïque. La laïcité
se caractérise en effet par la diversité de ses fondements
comme par le pluralisme de ses combats. Les années 1980 marquent
d’ailleurs un renouvellement du débat entre laïcs, avec la
naissance, au sein de la Ligue de l’enseignement, de la «
laïcité plurielle », dite aussi « laïcité ouverte ».
Aujourd’hui, les enjeux de la laïcité dépassent la
sphère religieuse et s’étendent au triomphe d’un
libéralisme envahissant l’espace public.
Méritocratie, démocratisation, massification : les dilemmes
de l’Ecole de la République (1791-2004), par Paul Baquiast
Dès les projets révolutionnaires, se trouve posé le dilemme
fondamental de l’Ecole de la République : unifier et
différencier, éradiquer les différences tout en permettant
l’expression de chacun. La réalité de la construction de
Jules Ferry est différente du mythe d’une Ecole à la fois
démocratique et méritocratique : c’est une Ecole de
classes, contestée de ce fait dès avant 1914. La remise en
cause du système Ferry aboutit en 1975 à l’achèvement de
la construction du Collège unique. Mais les désillusions sont
au rendez-vous, avec l’apparition de phénomènes
ségrégatifs inavoués et le développement de la violence en
milieu scolaire. « Pédagogues » et « savants », issus de
traditions scolaires différentes, s’affairent au chevet de
l’Ecole et confrontent, dans une violence polémique souvent
extrême, leurs solutions.
République(s) et constitution(s) (1958-2004), par Stéphane
Baumont
L’entre deux tours des présidentielles de 2002 a
plébiscité, non un homme, mais un régime et ses valeurs : LA
RÉPUBLIQUE. Avec la définition d’un « bloc de
constitutionalité », celle-ci est une notion constitutionnelle,
comprenant notamment la Déclaration de 1789 et les principes du
Préambule de 1946. La République est aujourd’hui menacée
par la démocratie sous toutes ses formes. Seule la permanence
d’un débat entre République et constitution permettra
d’échapper à la pression des
citoyens-télespectateur-zappeurs et de sauvegarder l’idéal
de la citoyenneté et de la souveraineté du peuple. La
Constitution doit rester la règle d’intelligibilité et de
validité du système juridique qui exprime les pouvoirs
théoriques et pratiques de la raison républicaine.
Les républicains entre ordre et liberté (XIXe – XXe
siècle), par Diane Le Béguec
La République est-elle autre chose qu’un équilibre sans
cesse menacé entre tentation liberticide et propension
anarchiste ? La notion d’ordre peut être abordée de
différentes manières : ordonnancement des choses, ordre
d’Etat, bon ordre. Les républicains n’en contestent
aucune, mais débattent du sens à donner à chacune. De même
que, d’accord sur la place centrale de la liberté, ils se
divisent sur l’importance à accorder aux différentes
libertés. Quant à l’articulation entre ordre et liberté,
ils l’appréhendent de façon variable selon les
circonstances : la république de combat est prête à mettre
certaines libertés entre parenthèse, quand la république
clandestine n’aspire qu’à la liberté et que la
république de gouvernement s’interroge sur la meilleure
manière de rendre effective la liberté proclamée. Au terme de
cet exposé, ce qui est proposé au lecteur, c’est une
typologie des républicains en fonction de leur conception de
l’accès à l’universel.
La police : une institution (relativement) républicaine en
débat (1789-2004), par Alain Bauer.
Contrairement aux idées reçues, en matière de police, la
tradition républicaine issue de l’héritage
révolutionnaire, ce sont les polices municipales. C’est le
régime de Vichy qui y mettra fin, en généralisant un mouvement
d’étatisation amorcé dans l’Entre-deux-guerres. Mais
la police qui se met alors en place est avant tout une police
d’ordre publique et de défense des institutions. Face à la
progression de la délinquance, amorcée dans les années 1960,
la police nationale ne parvient pas à évoluer et continue à
rester un service de protection des institutions, bien plus que
de défense des personnes et des biens. Pour répondre à une
demande sociale de plus en plus pressante, les polices
municipales revoient le jour à partir de 1983 et l’offre
privée de sécurité se développe à grande vitesse. Dès lors,
le service public de police est en crise. Pour l’en sortir,
il faut ouvrir un débat véritable et construit, permettant de
transformer la Police d’Etat en une réelle Police Nationale
Les républicains devant la science et la technique :
l’exemple des chemins de fer (1830-1937), par Bruno Marnot
A travers l’exemple emblématique des chemins de fer, cette
contribution traite de la relation des républicains à la
science et à la technique. Le dialogue entre républicains et
progrès technique s’avère plus problématique que ne
pourrait le faire croire l’axiome selon lequel « la
République c’est le progrès ». Conscients des risques
inhérents au progrès, les républicains se sont interrogés
entre eux sur le meilleur moyen d’en faire prendre en charge
la gestion par l’Etat. Confrontés à l’importance des
coûts, il se sont questionnés sur la meilleure diffusion du
bénéfice social engendré par les innovations : graduelle, pour
les uns, elle devait, pour les autres, être immédiate et
universelle. Plus fondamentalement, c’est la notion de
service publique qui émerge des débats entre républicains, et
avec elle la question de sa comptabilité avec l’existence
de concessions privées.
Les républicains et la question de la femme (1852-1914), par
Judith F. Stone
Comme l’illustrent les écrits de Jules Michelet et
d’Eugène Pelletan, les républicains, sous le Second
Empire, ont accordé une attention considérable à la «
question de la femme ». Cette dernière, à travers les figures
centrales de l’ouvrière et de la mère, entretenait des
liens complexes avec les notions de citoyen et de nation ainsi
qu’avec la question sociale. Enfermés dans un univers
essentiellement masculin, les républicains au pouvoir eurent
bien du mal, pourtant, en dépit des efforts d’un Ferdinand
Buisson, à penser les droits civils et politiques des femmes. A
travers la contradiction de la pensée républicaine entre
égalité politique et hiérarchie des sexes, c’est plus
largement la question de « l’inévitable » coexistence
entre égalité et inégalité qui était posée, les sexes et
les classes sociales ne cessant de se refléter et de se
représenter l’un l’autre.
Les républicains face au fait colonial et à la
décolonisation (1792-1962), par Paul Marcus
Héritant de l’empire colonial de la Monarchie, la
Révolution y abolit l’esclavage et permit la promotion des
hommes de couleur, comme en atteste la carrière militaire du
général Dumas. Mais l’Empire rétablit l’esclavage.
Un siècle plus tard, cependant, le destin de Gaston Monnerville,
de la Guyane à la présidence du Sénat, témoigne de la
capacité de la Troisième République à intégrer ses enfants
d’outre-mer. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale,
tiraillés entre leur souci de maintenir la gloire de la France
et leur attachement aux droits de l’homme, les républicains
eurent beaucoup de mal à penser la décolonisation, comme le
montrent le drame algérien et les positions très « Algérie
Française » d’un François Mitterrand.
Les républicains face à la question européenne :
L’exemple du parti radical dans la querelle de la CED
(1950-1954), par Galina Kaninskaya.
Au début des années 1950, la réflexion du parti radical sur la
Communauté Européenne de Défense (CED) s’inscrit dans le
cadre d’une réflexion plus générale sur l’idée
d’Europe et sur la question de la défense du continent à
l’heure de la guerre froide. Par delà leurs clivages
traditionnels entre la gauche et la droite du parti, les radicaux
se divisèrent alors entre cédistes et anti-cédistes. Les
débats s’articulaient autour de trois problématiques : la
participation du Royaume-Uni, la crainte du réarmement de
l’Allemagne, et la dose de supranationalité. Les divisions
radicales culminèrent le 30 août 1954, sous le gouvernement
Mendès France, lors du rejet par l’Assemblée Nationale du
traité de la CED
Les républicains face à la première mondialisation
(1870-1914), par Stéphane Lucas
Les débats actuels sur la mondialisation ont déjà eu lieu il y
a un peu plus d’un siècle, entre 1870 et 1914, période de
« notre première mondialisation ». Contrairement à
l’image donnée par le fameux « tarif Méline », le monde
républicain était alors volontiers libre échangiste, y compris
dans ses composantes radicales et socialistes. Pour autant,
l’exposition nolens volens des produits français à la
concurrence internationale ne fut pas un prétexte pour renoncer
à toute action sur le plan intérieur. Au contraire, c’est
au moment même où la France s’ouvrait sur
l’international qu’elle adoptait les mesures sociales
et fiscales qui formeront le socle de l’Etat providence au
XXe siècle. Le précédent d’il y a un siècle devrait nous
interdire d’opposer République et mondialisation.
Conclusion, par Paul Baquiast